Jocelino Suta est devenu un Bleu

23/01/13
A
 

Appelé par le sélectionneur Philippe Saint-André à porter le maillot Bleu lors de la tournée automnale du XV de France, Jocelino Suta a vécu ces dernières semaines le rêve de tout rugbyman ambitieux. L’apogée pour lui. A 30 ans, il revient de loin… 

Suta

Il avait prévu de fêter son 30e anniversaire chez lui à Toulon, en famille, entouré de ses proches. Mais on lui a finalement imposé un autre programme. Jocelino Suta était, le jour de ses 30 ans, entouré d’une trentaine de gaillards rugbymen. A Lille ! Quelques jours auparavant, le natif du Vanuatu avait ouvert son cadeau avec un peu d’avance en faisant ses premières foulées sur la pelouse du Stade de France. France–Australie, le premier match de la tournée automnale du XV de France (vic- toire 33–6 des Tricolores), a été le match de la première cape sous le maillot frappé du coq du Calédonien. Un moment à part dans une carrière de rugbyman. « C’est un moment qui restera gravé à jamais, disait-il après la rencontre. Au moment des hymnes, j’ai réalisé que je jouais avec l’équipe de France. Et face à l’Australie, en plus ! Il y a eu de l’émotion. »

Mont-de-Marsan puis Toulon

Flash-back, une dizaine d’années plus tôt. En 2001, après seulement quelques mois de pratique du rugby, Jocelino Suta joue son premier match sur le sol métropolitain. Il a 19 ans. Avec la sélection de Nouvelle-Calédonie, il s’incline en finale d’un tournoi des Dom-Tom, face à la Réunion. Mais Suta tape dans l’œil de techniciens. Il débarque ainsi à Mont-de-Marsan quelques mois plus tard, en compagnie de son cousin Mikaele Tuugahala. Avec le Stade Montois, Suta découvre bientôt l’antichambre du Top 14. Tous les sacrifices à consentir pour progresser. Il fait ses armes en Pro D2, franchit les paliers les uns après les autres. Il apprend aussi, peu à peu, la rigueur qu’impose le haut niveau. Il s’affûte physiquement comme il s’aguerrit, techniquement et tactiquement, aux spécificités de son poste.

Vient alors l’occasion de franchir un nouveau cap et d’intégrer l’élite du rugby français. Jocelino Suta s’engage en 2008 avec le RC Toulon et découvre le Top 14. Le deuxième ligne monte en régime, encore, et commence à faire parler de lui. Mais ce bel élan est bientôt brisé. Alors qu’il brille avec Toulon et qu’il est parvenu à se faire une place en équipe de France A (en quelque sorte la réserve du XV de France), des blessures à répétition l’éloignent des terrains pendant cinq mois la saison dernière. Le coup d’arrêt. « Une année blanche », comme l’a qualifiée plus tard le sélectionneur national.

"Avec ce maillot, je pense à ceux que j’aime"

Mais Jocelino Suta ne se laisse pas abattre. Il se rétablit et se remet au travail. Son club de Toulon se renforce et recrute des joueurs de renom mais il parvient à conserver ses galons de titulaire dans le pack toulonnais.

Suta est l’un des piliers de son équipe. « Il fait un très gros début de saison, se félicite alors Bernard Laporte, le manager du RCT. Il faut qu’il ambitionne le très haut niveau, et le très haut c’est aussi l’équipe natio- nale. Il en a le potentiel. »

Le nom du Calédonien apparaît finalement sur la liste de Philippe Saint-André pour disputer la tournée automnale du XV de France, face à l’Australie, l’Argentine puis les Samoa. « Les Bleus, ce n’était pas vraiment une optique pour moi, réagit pourtant Jocelino Suta en apprenant la nouvelle. C’est un cran au-dessus. Quand je les regardais jouer, je me disais que c’était inaccessible pour moi. »

Et pourtant ! Bizuth chez les Bleus, Jocelino Suta s’est montré performant. « Le rythme des matches est vraiment un ton au-dessus de ceux du Top 14 ou de la Coupe d’Europe mais je n’ai pas été impressionné. On savait tous qu’on avait une mission à accomplir et qu’on devait remporter ces trois matches. On y est parvenus. » Les messages n’ont cessé d’affluer sur son téléphone depuis le Pacifique. Là, les gens sont fiers de leur représentant. Et lui, aussi, est fier en pen- sant à tous ceux qui l’encouragent et le soutiennent par delà les océans. « Porter ce maillot, c’est une vraie fierté person- nelle. Avec ce maillot, je pense à ceux que j’aime. »

L’histoire est belle et n’est sans doute pas terminée...

Philippe Baudet, www.outremersports.com