Minh Dack, taille XXL

21/01/13
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Article paru avant la qualification de Minh Dack aux Championnats du monde de Karaté en novembre 2012.

Après onze années en Métropole, Minh Dack s’apprête à tirer un trait sur sa carrière sportive et prépare sa reconversion qu’il n’envisage nulle part ailleurs qu’auprès des siens. Privé de championnat du monde par sa Fédération, le spécialiste du kata n’aura pas la joie de vivre le final dont il avait rêvé. Installé à Montpellier, il va désormais profiter de son temps libre afin d’avancer dans son projet d’une marque de tee-shirts qu’il lancera à son retour en Calédonie, d’ici un an.

MINH DACK Denis Boulanger FFKDA

Le retour dans le sud de la France aura été plus dur que prévu. Pas seulement parce que l’automne est arrivé d’un coup, le 25 septembre. Grippé après un séjour néo-zélandais et des Oceania mitigées, Minh Dack a sur- tout dû encaisser un choc violent. Frontal. « J’ai été convoqué par ma Fédération, qui m’a annoncé qu’on ne croyait pas en mes chances pour aller chercher une médaille surlesprochainsMondiauxdeParis-Bercy. Qu’on ne me retenait donc pas. C’est très dur à entendre... »

La voix cassée, plus par l’émotion que par le froid, le Calédonien ne comprend pas pourquoi, ni comment, sa Fédération l’a écarté « à deux mois des Mondiaux (21- 25 novembre, ndlr) et après dix ans de carrière en équipe de France. » Désabusé, il s’est même pris à douter de sa valeur. « Sans doute ont-ils raison, sans doute n’ai-je plus le niveau... »

Meilleur Français (3e) de l’Euro, en mai, quelques jours avant de remporter un sixième titre de champion de France, Minh Dack semble payer pour autre chose. « J’ai eu des différends avec le staff de l’équipe de France », lâche-t-il sans en dire davan- tage. Minh Dack n’aura pas l’apothéose dont il rêvait. Des Mondiaux à la maison (ou presque).

Toute sa saison a tourné autour de la préparation du rendez-vous planétaire. À Paris-Bercy, le Nouméen voulait mettre un point final à sa formidable carrière par un titre international qui manquera, forcément, à son CV. « Il y a des choses plus graves dans la vie », se persuade-t-il pourtant.

« Envie de fonder une famille »

L’essentiel serait donc ailleurs. Sa vie, pourtant, a toujours tourné autour du ka- raté. Il débute à cinq ans et demi, fait ses premières compétitions à 7 ans. Pas illo- gique quand on a un papa fan de Bruce Lee et professeur d’arts martiaux.

Champion de France de kata à 18 ans, il tentealorsl’aventureduhautniveauen Métropole. Paris, pendant dix ans dont cinq à l’Insep, puis Montpellier depuis un an. La compétition, les stages, les voyages, ont rythmé son quotidien depuis plus d’une décennie, au point d’avoir tout consacré, tout sacrifié ou presque. « Il serait d’ailleurs temps que je pense à fonder une famille, rigole-t-il. J’ai 30 ans, c’est encore jeune, c’est déjà vieux aussi. J’aimerai avoir une femme, des enfants... »

L’étudiant – et le compétiteur qu’il est tou- jours – aimerait changer de peau. Pragma- tique, et passionné par le dessin, Minh a cerné les contours d’un projet mûri depuis quelques années. « J’avance toujours sur mon idée de produire des tee-shirts avec des motifs calédoniens et polynésiens. Pour le moment, j’en ai fait quelques-uns, j’ai beaucoup de maquettes sur mon ordi- nateur et je ne suis pas encore prêt pour produire en grosse quantité. »

Fils de forains, il a récemment profité de la foire de Koumac pour en faire vendre quelques exemplaires. Et dispose d’un petit stock qu’il écoule à Mageco. « Mon intention est de rester encore un peu en France car je ne suis pas encore prêt pour mes projets en Calédonie. Je veux bien me préparer avant de rentrer. » Mes projets ? « Oui, il y a le design et la fabrication de vêtements, mais aussi... le karaté. » On y revient.

« J’aimerais encadrer les jeunes en Calédonie »

« J’ai envie de monter un projet intéressant pour les jeunes en Nouvelle- Calédonie, explique-t-il. J’ai vécu des moments forts à mes débuts avec la sélection, j’y ai regoûté il y a quelques jours avec les Oceania. Ça m’a plu, j’ai- merai encadrer les jeunes. J’ai le diplôme pour. Je pense que le Comité attend ça aussi, ils ont fait pas mal de choses pour moi, ils sont là pour m’aider. D’ici un an, je devrais être de retour même si c’est encore flou pour une date. Il faudra que je sois prêt. »

Rebondir. À peine l’annonce de sa non- sélection pour les Mondiaux apprise, et acceptée, Minh Dack a pris deux décisions.

La première : participer à la coupe de France de kata du 10 novembre, « pour me prouver que j’avais le niveau pour les Mondiaux » dit-il dans un clin d’œil pour ceux qui pensent le contraire. La seconde : retrouver sa famille. « Mes pa- rents, ma sœur, mes proches ont toujours été là. Dans les bons et les mauvais mo- ments. J’ai vécu une expérience unique avec mon sport, mais, aujourd’hui, j’ai envie de vivre chez moi, aux côtés de ma famille et de lui rendre tout ce qu’elle m’a apporté. Mes parents ont pris de l’âge, ça fait onze ans que je suis en France, j’ai envie d’être avec eux. »

Simple comme un ritsu rei. Usure physique, mentale ? « Le karaté est un sport amateur, on n’en vit pas. Plus jeune, j’avais un plan de vie, je ne me voyais pas à 30 ans sans boulot, sans famille, sans femme. J’ai eu la chance de mener sport et études en même temps, j’ai fait une école de commerce, j’ai été à l’Insep, j’ai rencontré des champions comme Ladji Doucouré avec qui j’étais en cours. J’ai eu mon Bac, mon BE de karaté. Mais je ne me suis pas réalisé pleinement. À la Fédé, on m’a dit : « il faut faire un choix, le boulot ou le sport. » j’ai toujours pri- vilégié le sport. Jusqu’à aujourd’hui. »

Il continuera aussi à s’entraîner.

Dans les mois à venir, Minh Dack profi- tera de ses connaissances pour parfaire ses designs, imaginer sa future entre- prise et sa reconversion. Il continuera aussi à s’entraîner.

« J’ai discuté avec les dirigeants fédéraux qui m’ont assuré qu’ils ne me lâcheraient pas, c’est gentil de leur part. Je ne suis plus en équipe de France, mais je vais pouvoir rester une année de plus au centre d’entraînement de Montpellier. »

Il sera ensuite temps de rentrer au pays. Enfant, il vendait lui-même les bro- chettes de poulet de sa grand-mère au Pont-des-Français.

À Yahoué où il a grandi, son retour se fait attendre.

Stéphane SISCO, www.outremersports.com