Frédéric Erin, l'abnégation d'un champion

14/08/12
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Il ne s’est pas qualifié pour les Jeux olympiques, mais Frédéric Érin, le sauteur en longueur, a réalisé une saison qui doit rendre fiers ses proches, ses collègues de travail et tous les Calédoniens. Son titre de champion de France Élite et sa sélection pour les championnats d’Europe sont des encouragements pour 2013.

 Fred erin

Il est allé au bout du bout. Au bout de ses forces, au bout de ses espoirs. Mais son abnégation et sa témérité n’auront pas suffi. À son grand dam, Frédéric Érin a laissé Lara Grangeon partir seule à Londres pour représenter les couleurs Cagou aux Jeux Olympiques. Lui y a cru jusqu’au bout, enchaînant les concours pour réaliser les minima avant la date butoir. Les 8,20 mètres étaient à sa portée, mais à chaque fois, il lui aura manqué un peu de réussite. Au lendemain d’une dernière tentative où il est allé jusqu’à lutter contre la douleur en sautant malgré un mal aux côtes, le Calédonien a dû faire une croix sur son rêve olympique. La mort dans l’âme, il a vu tous les sacrifices consentis depuis des mois réduits à néant. Plusieurs fois, il avait eu dans les jambes les moyens de réaliser ces minima. Il s’en est fallu de quelques centimètres, à chaque fois, le drapeau rouge venant sanctionner un saut mordu. Alors, à l’heure de se résigner, la déception était grande chez le Nouméen. « J’ai tout donné, je me suis donné à fond. J’ai gardé mon esprit combatif jusqu’au bout. L’année a été assez difficile et au final... oui, je suis déçu. »

Champion de France devant Sdiri et Gomis

Mais si cette déception de rater les Jeux Olympiques pour quelques centimètres a forcément pris le dessus sur tout le reste dans un premier temps, Frédéric Érin a toutes les raisons d’être fier de ce qu’il a réalisé dans cette saison 2012. Lui qui bénéficie en Nouvelle-Calédonie d’une convention avec l’administration pénitentiaire a réussi aux championnats de France d’Angers à battre tous les cadors de la discipline en France. Salim Sdiri et Kafétien Gomis étaient, sur le papier, les mieux armés pour prétendre au titre national, mais Érin a réussi à les battre et à remporter un premier titre Élite.

Voilà le grand succès du Nouméen cette saison : avoir été meilleur, sur ces championnats de France, que des athlètes qui vivent leur sport comme des professionnels. Alors qu’Érin jongle avec réussite entre travail et séances d’entraînement, Sdiri ou Gomis, eux, évoluent dans un environnement totalement dédié à leur discipline.

Coup du sort

Comme souvent, la carrière de Frédéric Érin a démarré sur un coup du sort. Basketteur, à 16 ans, il a découvert l’athlé « dans un concours de saut en hauteur organisé sur (son) chemin de l’entraînement. » D’emblée, le jeune homme bluffe les observateurs avec sa détente et de belles dispositions phy- siques. De la hauteur, il passe ensuite au triple saut. Puis à la longueur, là où ses qua- lités physiques ont tout de suite fait de lui un talent en devenir. Avec beaucoup de tra- vail, Érin est rapidement arrivé au top de sa

discipline en Nouvelle-Calédonie. Les portes des grands championnats en France se sont ouvertes et, en 2000, Frédéric devient le meilleur junior tricolore.

Déjà projeté sur la saison 2013

Douze ans après, il a cette fois atteint le top du top. Son titre de champion de France Élite est venu récompenser tous les sacrifices consentis depuis des années. Avec son entraî- neur, Paul Poaniewa, Érin a prouvé que le tra- vail et la persévérance finissent par payer. Et s’il ne lui a manqué qu’un peu de chance et quelques centimètres pour découvrir les Jeux Olympiques, sa sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe d’Helsinki début juillet est, déjà, une performance qui doit rendre fiers ses proches, ses collègues de travail et tous les Calédoniens. Et qui doit pousser Frédéric Érin à viser encore plus haut pour la saison 2013.

En bon compétiteur qu’il est, il s’est d’ail- leurs déjà projeté vers ses prochains objec- tifs : « L’an prochain, mon objectif sera de me qualifier pour les deux grandes compétitions au calendrier : les Jeux méditerranéens en Turquie puis les championnats du monde en Russie. »

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 Philippe Baudet, outremersports.com