Lara Grangeon et Pierre Fairbank

15/04/16
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Une jeune nageuse, un athlète handisport de vingt ans son aîné… On pourrait croire qu’un monde sépare ces deux Cagous qualifiés pour Rio. En réalité, bien des choses les rassemblent. Invités ensemble dans les locaux du CTOS, ils se sont livrés avec beaucoup de sincérité, à quelques mois des Jeux.

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Lara Grangeon et Pierre Fairbank… Au premier abord, et hormis leur participation aux Jeux de Rio dans quelques mois, tout semble séparer ces deux grands champions calédoniens.

À 24 ans, Lara est encore la jeune fille modèle que tout parent rêve d’avoir. Bien élevée, calme et très consciencieuse, l’étudiante en école de commerce troque volontiers une sortie en boîte de nuit contre une soirée en famille ou entre amis.

Pierre, lui, c’est le copain qu’on voudrait tous avoir. Il semble à l’aise partout, dans les réceptions guindées comme sur les podiums. Papa d’une petite fille, il a toujours le mot pour rire et le contact facile.  

Lui s’entraîne à Nouméa, à tourner sur la piste du stade de Magenta ou à monter et descendre la route du Ouen Toro aux commandes de son fauteuil de compétition ; elle enchaîne les longueurs dans les bassins du centre d’entraînement de Font-Romeu, dans le sud de la France.

Deux caractères, deux sports, deux vies radicalement différentes… où tous les opposent ? Pas si sûr…

 Persévérants et perfectionnistes

En y regardant de plus près, nos deux Cagous partagent bien des points communs. À commencer par leur persévérance et leur souci du détail. Fin technicien, Pierre peut passer des journées entières à optimiser son matériel et sa position ! « Il faut savoir être patient, explique-t-il. Il faut travailler ses points faibles et ne pas lâcher. Les résultats sont rarement immédiats mais viennent avec le temps… et beaucoup d’entraînement. Il faut toujours y croire… »

Même état d’esprit chez Lara : « Je m’entraîne six heures par jour, du lundi au samedi, dès 6 heures du matin. » Natation mais aussi musculation et préparation physique générale (PPG), Lara suit un programme très serré, « même en vacances quand je reviens en Calédonie », explique-t-elle dans un sourire, avant de poursuivre : « Il est important de ne pas se décourager ».

Humbles

grangeon JOAutre trait qui les caractérise l’un et l’autre, c’est leur extraordinaire humilité. La sociétaire du Cercle des nageurs calédoniens est détentrice de pratiquement tous les records de Nouvelle-Calédonie et de plusieurs records de France en 4 nages, en petit et grand bassins.

De son côté, multiple champion du monde et paralympique de courses en fauteuil, le natif de Hienghène ne compte plus ses médailles nationales et internationales et même la Légion d’honneur !

Tous deux font partie du cercle très fermé des Calédoniens qui ont participé à des Jeux Olympiques ou Paralympiques et ils sont, pour l’instant, les deux seuls Cagous qualifiés pour ceux de Rio. Pour autant, avenants et toujours disponibles, ni l’un ni l’autre n’ont pris la grosse tête. C’est tout le contraire…

Ils semblent ne jamais oublier d’où ils viennent ni le chemin parcouru. Ils rappellent dès qu’ils le peuvent le soutien indispensable pour eux de leurs proches, de leurs amis, de leurs entraîneurs et encadrants et des partenaires, publics et privés, dont ils ne sous-estiment pas le rôle dans leur ascension. « La Nouvelle-Calédonie nous a toujours beaucoup aidés », expliquent-il tous les deux.

Le plaisir avant tout

Sincère et radieux, leur sourire ne quitte jamais leur visage. Un sourire qui montre leur extraordinaire joie de vivre, qu’ils communiquent, l’un comme l’autre, à tous ceux qui les croisent. « Il faut prendre du plaisir, confie Lara, c’est ce qui motive et c’est, je crois, la clé de la réussite. C’est important d’être bien dans sa tête… »

Assis en face de la nageuse, Pierre opine de la tête, lui pour qui les Jeux le font encore rêver, comme la première fois !

Les Jeux

FAIRBANK2Parce que les Jeux, ils connaissent déjà. L’athlète du Handi Club Calédonien participera à son cinquième rendez-vous paralympique, après ceux de Londres en 2012, Pékin en 2008, Athènes en 2004 et surtout Sydney en 2000 durant lesquels il décroche l’or au 200 mètres fauteuil ! À Rio, il s’alignera aux 400 et 800 mètres, peut-être en relais et même au marathon (!) si l’occasion se présente. « Mais mon objectif principal, c’est d’atteindre les finales et, pourquoi pas, de monter sur le podium du 800 mètres… » 

Pour sa part, Lara participera à ses deuxièmes Jeux, après ceux de Londres où elle fut éliminée pendant les séries. « Il y avait un monde fou, j’étais très impressionnée, tétanisée même ! », confie-t-elle. « C’est vrai que c’est un événement planétaire, c’est colossal, complète Pierre. Les Jeux du Pacifique, qu’on adore aussi, ont une échelle plus humaine, l’ambiance est moins tendue, il y a plus de partage… » Et Lara de reprendre : « Pour Londres, les Jeux étaient un rêve. Aujourd’hui, grâce à cette première expérience, ils sont devenus un objectif. » Inscrite aux épreuves du 400 mètres 4 nages et du 200 mètres papillon, Lara vise elle aussi une finale. « Ensuite, sur une course, tout peut arriver… »

C’est évidemment tout le mal qu’on souhaite à ces deux grands Cagous qui nous font tant rêver…