Fabrice Tao, le Sud-Ouest dans le cœur

27/05/14
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Dix ans de rugby professionnel en France et un grand point d’interrogation. À 28 ans, Fabrice Tao, l’ancien du RC Mont-Dore, ne sait pas encore de quoi sera fait son avenir de joueur après que l’US Dax (Pro D2) n’ait pas souhaité le conserver en fin de saison. Rencontre dans la station thermale landaise.

FABRICE.TAOIl est né en Nouvelle-Calédonie. Y a grandi et fait ses débuts. Il est aussi un des premiers jeunes joueurs à avoir suivi le sillon des gloires du Mont-Dore, venues s’installer en France pour ouvrir le territoire à l’ovalie nationale. Petit, il rêvait de jouer au plus haut niveau. Il a (presque) touché son rêve. Pas très grand, mais sacrément costaud, Fabrice Tao promène ses tatouages aux bras, ses cheveux ras et son accent chantant du Sud-Ouest dans les rues de Dax. « Une ville ni trop petite, ni trop grande. Une ville à taille humaine. Ici, je me sens très bien. Proche de la mer. » Si le gaillard a évidemment été surfer dans les vagues landaises, c’est sur le pré qu’il s’exprime le mieux. Après neuf saisons en Fédérale 1 (3e division française), Fabrice Tao a signé l’an passé à Dax, l’échelon supérieur dans la hiérarchie nationale. À un étage du Top 14 et de ses stars planétaires.

Richard Dourthe lui téléphone

« Je sortais d’une saison pleine avec Valence d’Agen, mais après trois ans, je voulais vraiment voir au-dessus. Je savais que c’était le moment de partir, sans quoi j’allais rester à jamais en Fédérale. » L’occasion de jouer en Pro D2 avec Bordeaux-Bègles lui était déjà passée devant les crampons. Alors, quand il reçoit un coup de fil de Richard Dourthe, ancien international et manager dacquois, Fabrice voit son rêve devenir réalité. « Il m’a pris à l’essai, cinq jours durant lesquels il fallait que je prouve ma valeur. » En balance avec un Sud-Africain, le Calédonien est finalement retenu. Débute sa première saison en pro. « On m’a donné les commandes, on m’a fait confiance. J’ai idéalement débuté en faisant de gros matches. J’ai enquillé les matches en titulaires. Jusqu’à ma blessure en novembre. »

Fracture du bras

Fracture du bras. La seconde en deux ans. « Mon chirurgien m’a dit qu’avec la plaque que j’avais dans le bras, ça devait recasser un jour ou l’autre… » Freiné dans son évolution, Fabrice revient en février, sans doute trop tôt. Il se blesse à la cuisse et ne peut (re)goûter à la compétition qu’en avril. La saison est déjà presque terminée et Dax la terminera en queue de peloton (13e place). Il dispose d’une année en option sur son contrat, mais le club ne lui propose pas la réévaluation de son salaire alors qu’il avait consenti des efforts en quittant Valence d’Agen où il gagnait mieux sa vie. Au 30 avril, les deux parties décident donc de ne pas continuer l’aventure.

« Beaucoup de regrets »

« Il me reste forcément beaucoup de regrets, confie-t-il. J’étais arrivé à bloc et je n’ai pas pu jouer. Ma fracture a cassé la dynamique dans laquelle j’étais. Sportivement, j’ai pu montrer ce que je valais, mais avec mes blessures, les dirigeants ont préféré prendre quelqu’un d’autre… C’est dommage, car en jouant autant en Pro D2, j’avais l’espoir secret de me faire remarquer. Pas forcément pour le Top 14, mais dans un autre club de Pro D2 plus costaud. »

Aujourd’hui, son agent est à l’affut d’une formation de Pro D2 pour continuer l’aventure à ce niveau. « J’ai quelques touches même si j’ai beaucoup d’appels de clubs de Fédérale 1. J’attends encore un peu, je sais qu’il y a une possibilité avec un club du coin. Mais ce n’est pas évident, car les places sont chères en Pro D2. » Redescendre d’une division sera vécu comme un « regret », mais « jouer » passera avant tout.

Rester dans la région

Si possible dans une région qu’il affectionne particulièrement : le Sud-Ouest, sa deuxième maison. « Je suis bien intégré ici. Je pense même que je ne rentrerai pas chez moi après le rugby. J’aime ma vie dans cette région. Les gens sont accueillants, ils ont une bonne mentalité. Je m’y sens chez moi et j’ai même pris l’accent ! Ici, on vit rugby, on respire rugby. » Ici, il a aussi tous ses « cousins » de Calédonie qui l’ont soutenu dans le passage difficile qu’il a vécu avec sa blessure. Les nouvelles (Tolofua, Suta, Vahaaminaha) comme les anciennes gloires (Taofifenua, Kaviki, Puleoto).

Fier de son chemin

« Ce fut un moment délicat, avec de gros doutes, se souvient-il. Je me suis posé beaucoup de questions, je me suis renfermé sur moi. J’ai même pensé arrêter. » Sa compagne et ses proches vont lui permettre de rebondir. « J’ai su relativiser. J’ai eu une baisse de régime, mais pour mieux repartir. Je sais aussi que ma famille, mes parents, mon père, sont très fiers du chemin que j’ai fait. Ils me suivent au travers des articles dans les journaux et des matches diffusés à la télé. » Ça fait bientôt trois ans qu’il n’est pas rentré à la maison. « Il faut que j’y retourne, ça me manque. Les moments en famille me manquent. Mais je n’en ai pas trop le temps, car je dois décider de la suite de ma carrière. » Plus tard, forcément. Plus tard, certainement.

« On est de plus en plus en France »

Pour l’heure, Midol en main, tee-shirt et grand sourire, Fabrice Tao goûte à l’été. Se réjouissant des dernières vagues de joueurs calédoniens qui déferlent sur le rugby français. « Avant, on ne recrutait qu’aux Fidji, aux Samoa… Depuis deux-trois ans, les clubs s’intéressent davantage à nous. Ça prouve notre valeur. » Aujourd’hui, les techniciens français ne les voient plus comme des Calédoniens, mais comme des joueurs « des îles ». Au même titre que les Fidjiens, les Tongiens, les Samoans. Avec ce côté relax et ce physique impressionnant. Des gaillards, des joueurs d’impact. « Mais la grosse différence, qui joue en notre faveur, c’est que, nous, on parle français » lance Fabrice Tao. Qui plus est avec l’accent ! On se dit alors que notre homme ne restera pas longtemps sans club. Que le rebond capricieux du ballon ovale va prochainement lui montrer la bonne direction à suivre. Comme toujours.

FABRICE.TAO.2Passeport sportif

Fabrice Tao a débuté le rugby à 11 ans. Tout naturellement puisque dans son quartier, au Mont-Dore, les jeunes jouaient tous au rugby. Dans sa famille, il n’y a que son père qui pratiquait le foot. Et des quatre frères, trois faisaient du rugby. Roy (l’aîné) joue d’ailleurs à Aubenas. Un club que Fabrice connait bien puisque c’est là qu’il a atterri en 2005. Il a 20 ans quand il débarque dans l’Ardèche. Il fera une saison au centre de formation avant de filer au soleil de Béziers. L’ASBH vient de descendre en ProD2, Yannick Nyanga et Dimitri Szarzewski, formés au club, sont partis. Sur les bords de la Méditerranée, Tao croit tenir sa place, mais, sans garantie sur son avenir, il préfère ne pas rester. Il débarque en 2007 à Marmande/Casteljaloux, entente estampillée Fédérale 1. Avec le projet d’une accession en trois ans, il s’épanouit totalement. À deux doigts d’y être parvenus, Fabrice et son entraîneur quittent le chef-lieu du Lot-et-Garonne et posent leurs crampons à Valence d’Agen. Trois saisons, deux blessures (croisés et fracture du bras, déjà) et une demi-finale d’accession (perdue), il quitte la fédérale 1 pour signer à Dax. Il est aujourd’hui à la recherche d’un sixième club.

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