Gouvernance du sport : la Calédonie fait un pas en arrière

6/03/19
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 terre-de-parole

Gouvernance du sport : la Calédonie fait un pas en arrière Mauvaise surprise pour le mouvement sportif lors de la découverte de la délibération sur le plan stratégique de la pratique sportive, texte voté le 20 février dernier par le Congrès, et qui, dans la partie consacrée à la gouvernance, établit une concentration décisionnaire au pouvoir politique. Tout l’inverse de ce qui est prévu par le ministère des Sports en Métropole.

« Renforcer la gouvernance institutionnelle de la politique sportive. » La phrase apparaît presque discrètement au détour d’une page de la délibération concernant le Plan Stratégique du Sport en Nouvelle Calédonie mais elle est lourde de sens.
Lors d’une séance extraordinaire du Congrès le mois dernier le gouvernement évoque la volonté de « préciser le rôle du gouvernement, ce qui n’avait jamais été fait. » De quoi faire grincer des dents dans le monde sportif.
L’argumentaire développé pour étayer cette proposition consiste à dire que c’est la Nouvelle-Calédonie qui paye et que c’est donc la Nouvelle-Calédonie qui décide seule. C’est en l’occurrence ce qui s’applique à une administration ou à un organisme de service public.
Or l’encadrement du monde sportif n’est ni l’un ni l’autre.
En effet, les encadrants, les dirigeants et les entraîneurs ne sont ni des fonctionnaires ni des agents du service publique (confusion faite par certains politiques). ILS SONT DANS LEUR GRANDE MAJORITE DES BÉNÉVOLES. Et on oublie trop facilement que ce secteur grandement fondé sur le bénévolat a un fort impact sur le territoire, non seulement en terme financier (estimation faite à plus d’un milliard et demi en 2011) mais également aussi et surtout en termes de lien social dont le sport est un grand vecteur.
Cette volte-face dans la rédaction de la délibération est d’autant plus grande que lors de la lecture du texte par le Haut Conseil du Sport en août dernier, la phrase n’était pas du tout la même. Il s’agissait « de mettre en relation les gouvernances institutionnelles et sportives. C’est ce qui était d’ailleurs proposé à l’issue des assises du sport qui s’étaient déroulées en 2016 ». C’est surtout ce qui avait été acté lors de la dernière réunion du Haut Conseil du Sport sur proposition du gouvernement. Un amendement a été proposé par un groupe politique pour rétablir la phrase d'origine lors du vote le 20 février au Congrès, mais il a été rejeté par une majorité des membres du Congrès. Il ne faut alors pas s’étonner que les bénévoles se désengagent de plus en plus quand on voit que, non seulement ils donnent de leur temps mais que, de plus en plus, ils doivent appliquer les décisions politiques en matière de gouvernance du sport. Or ce n’est pas là l’essence et l’esprit du mouvement associatif sportif qui est seul à décider de la nature de son projet sous l’autorité des seules instances auxquelles il est fédéré.
Sinon le gouvernement devra alors embaucher des agents pour faire le travail des bénévoles… mais, alors là, on ne parlera plus en termes de millions, mais de milliards…
La Nouvelle-Calédonie en a-t-elle les moyens aujourd’hui ?

facade gouvernement

 

Risque d’ingérence

Alors qu’en Métropole, une agence nationale du sport va être créée (lire l’encadré), la Calédonie prend donc un chemin inverse.
« L’ingérence politique est extrêmement surveillée par les instances internationales, rappelle le CTOS. En 2017, Tahiti a été exclue des Jeux du Pacifique parce que le Conseil des Jeux estimait que le politique avait un trop grand pouvoir sur le sport local. Au niveau national, en 2010, lors du fameux épisode du bus de Knysna pendant le Mondial de football, la ministre des sports avait annoncé qu’elle allait faire le ménage. La Fifa avait mis en garde que si cela arrivait, la Fédération française pouvait être exclue. » Il en a été de même en Russie qui s’est vue menacée par la Fifa de lui retirer l’organisation de la dernière Coupe du Monde si le gouvernement persistait à s’ingérer dans la gouvernance de ce sport.
Un danger d’autant plus crédible que le Conseil des Jeux avait, il y quelques années déjà, pointé du doigt ce risque d’ingérence en Calédonie. « À l’époque, on l’avait mal pris car on a toujours fait attention à ce que cela n’arrive pas. La création du Haut Conseil du Sport calédonien en 2001 était justement un exemple, où le monde du sport et le monde institutionnel pouvaient travailler en bonne intelligence. »

Une agence du sport créée en Métropole

C’est une nouveauté qui voit le jour cette année du côté de la Métropole. Avec les Jeux Olympiques de 2024 à Paris en ligne de mire, la Ministre des sports, Roxana Maracineanu, a présenté en fin d’année 2018 un projet de réorganisation du modèle français. Il passera donc par la création de l’agence nationale du sport. Alors que, pour l’instant, la tutelle de l’État est encore forte sur le monde sportif, l’instance aura désormais un rôle de pilotage concerté et partagé.
Ainsi, l’État, le mouvement sportif, les collectivités et le monde économique et social y décideront conjointement des orientations de l’agence et des règlements d’intervention. L’agence aura pour mission de supporter le haut niveau, mais également de développer les pratiques sportives en France. Elle devrait voir le jour courant du premier semestre 2019.

 

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